L'INTEGRALE DE LA DEFENSE
SEPTIÈME AUDIENCE 09 AOUT 2012
DEUXIÈME PHASE DU PROCÈS
LES ACCUSES PRÉSENTENT LEUR DÉFENSE
MARAFA: UNE DÉFENSE EN ACIER A TRAVERS L’EXAMINATION-IN-CHIEF
Le greffier: Monsieur Marafa de quelle obédience religieuse êtes-vous ?
Marafa: je suis Musulman
Le greffier: Pouvez-vous poser la main sur le Coran et jurer de dire la vérité ?
Marafa: Je ne peux pas toucher au coran parce que je n’ai pas fait mes ablutions !
Le Juge Gilbert Schlick: Ou vous touchez le coran, ou vous ne déposez pas sous serment !
Le greffier: Posez la main sur le coran, jurez de dire toute la vérité,
rien que la vérité, levez le bras gauche et dites JE LE JURE !
Marafa: Je le jure !
C’est sur cette petite passe d’armes que l’audience a véritablement
commencé ce jeudi au tribunal de grande instance du Mfoundi.
Le Ministre d’état a montré clairement qu’il était partant pour la
vérité, et la sincérité; il a parlé clairement, avec constance,
cohérence et simplicité. Son rôle dans l’acquisition du BBJ II;
Voici avec un maximum de fidélité l’essentiel de la défense présentée par le Ministre d’état Marafa au cours de l’audience:
Bâtonnier Monthé: Monsieur le Ministre d’état bonjour ! Comment allez-vous ?
Marafa: Je vais bien merci !
Bâtonnier Monthé: Pouvez-vous dire au tribunal votre parcours professionnel ?
Marafa: En avril 1980, je suis cadre à Elf Serepca,
En septembre 1980, je suis Cadre technique à la SNH,
En 1995, je suis chef département production SNH et pendant les dix
années qui vont suivre, j’occupe ce poste ; en 1990, je deviens
conseiller technique de la SNH, en novembre 1992, je suis nommé
secrétaire d’état aux finances numéro deux ! en juillet 1994, je suis
nommé conseiller spécial à la présidence de la république ! En décembre
1997, je suis nommé secrétaire général de la présidence de la
république, puis Ministre d’état secrétaire général de la présidence de
la république en avril 2001, et en juin 2002, je suis nommé Ministre de
l’administration territoriale par intérim, puis définitivement confirmé
comme Minatd en Aout 2002, fonction que j’occupais jusqu’à mon départ du
gouvernement en décembre 2011, pour redevenir employé de la SNH.
Bâtonnier Monthé: Avez-vous des antécédents judiciaires ?
Marafa: Non je n’ai aucun antécédent !
Bâtonnier Monthé: Pouvez-vous nous dire en quoi consiste la fonction de secrétaire général de la présidence de la république ?
Marafa: le décret N°98/273/22 octobre 1998 portant réorganisation de la
présidence de la république souligne qu’il est chargé des relations
entre la Présidence de la République et le Gouvernement.
Il
assure, en outre, la liaison entre l’Exécutif et les différentes
Institutions républicaines, notamment l’Assemblée Nationale, le Sénat,
le Conseil Constitutionnel, la Cour Suprême, le Conseil Economique et
Social et le Contrôle Supérieur de l’Etat.
Le Secrétaire Général assiste le Président de la République dans l’accomplissement de sa mission.
A ce titre:
il reçoit du Président de la République toutes directives relatives à la définition de la politique de la Nation ;
il suit l’exécution des décisions prises par le Président de la République ;
il coordonne l’action des Administrations rattachées à la Présidence de
la République ainsi que précisées aux articles 5 et 37 du présent
décret ;
il instruit les dossiers que lui confie le Président de la République et suit l’exécution des instructions données ;
il soumet à la signature du Président de la République les projets
d’actes de toute nature émanant, soit des Services du Premier Ministre,
soit des Administrations rattachées à la Présidence de la République ;
il assure la mise en forme, en liaison avec le Secrétaire Général des
Services du Premier Ministre ou des Ministres concernés, des projets de
loi à soumettre à l’Assemblée Nationale et au Sénat ;
il
assure la préparation des correspondances présidentielles relatives au
dépôt des projets de loi sur les bureaux de l’Assemblée Nationale et du
Sénat, du Conseil Économique et Social en ce qui concerne les demandes
d’avis ou d’étude sur des projets de textes à caractère économique et
social, ainsi que du Contrôle Supérieur de l’Etat ;
il veille Ã
la réalisation des programmes d’action approuvés par le Président de la
République et impartis aux Chefs de départements ministériels et aux
Services relevant de la Présidence de la République ;
il
prépare les conseils ministériels, en liaison avec le Secrétaire Général
des Services du Premier Ministre, les conseils restreints, les conseils
et commissions présidés par le Président de la République ;
il assure l’enregistrement des actes réglementaires signés et des lois
promulguées par le Président de la République, ainsi que leur
publication au Journal Officiel ;
il assure la tenue et la conservation des archives législatives et réglementaires ;
il exerce le rôle de conseil juridique de la Présidence de la République et des Administrations rattachées.
Dans l’exercice de ses attributions, le Secrétaire Général reçoit une délégation de signature.
Bâtonnier Monthé: Monsieur le Ministre d’état ; pour la clarté des
débats, pouvez-vous nous dire qui était l’initiateur du projet d’achat
d’un avion présidentiel ?
Marafa: Cette question avait été
posée bien avant mon arrivée à la présidence de la république le 02 mai
1995 ; par une lettre, (réf : R22 et R423 cote du document au tribunal)
Boeing saisissait l’état major du président de la république. Peu après
mon arrivée, le président de la république m’a demandé de superviser
l’acquisition.
Boeing exigeait un financement comptant, ce dont nous n’étions pas capables, au vu du contexte de l’époque.
Je me suis ouvert à deux ambassades, notamment américaine, mais ils
m’ont dit que leurs pays étaient membres du FMI, et donc ne trouvaient
pas en l’achat de cet avion une dépense prioritaire.
Je me suis tourné vers AIRBUS qui nous a proposé un appareil, mais il exigeait un payement comptant.
Je me suis rabattu sur CAMAIR, à qui j’ai demandé s’il était possible
d’obtenir un avion non-commercial. Finalement le Directeur général de
CAMAIR a convenu de la location longue durée d’un avion à travers une
note datant du 14 mai 2000. La proposition faisait état d’une exigence
par ACCEP d’un paiement de dix millions de dollars, ce qui a été refusé
et rejeté.
Bâtonnier Monthé: C’est donc bien l’état major du président de la république qui décide de l’achat du BBJ-II.
Marafa: Et je précise bien que c’était avant mon arrivée à la présidence de la république.
Bâtonnier Monthé: Monsieur le Ministre d’état, pouvez-vous nous dire
dans quelles circonstances la CAMAIR intervient dans ce dossier ?
Marafa: Dans son réquisitoire intermédiaire, j’ai entendu le procureur
dire que j’ai associé Monsieur Fotso Michel Yves. C’est bien le
Directeur Général de la CAMAIR et non Monsieur Fotso qui a été convoqué,
sa présence s’imposait de par sa fonction. Il était impossible de ne
pas associer la CAMAIR, car elle assure le suivi technique et la
maintenance de l’avion présidentiel ; la preuve, les factures de
maintenance sont adressées à la CAMAIR. Voici d’ailleurs des factures
que AIR France a souvent adressées à la CAMAIR pour la maintenance.
Lorsque le président se déplace, c’est la CAMAIR qui s’occupe de tout.
Vingt ans avant mon arrivée, et même après mon départ, c’est la CAMAIR
qui supervisait les opérations d’acquisition du BBJ-II. Après mon
départ, mon successeur a toujours étroitement associé la CAMAIR, y
compris avec l’avion de sinistre réputation dénommé l’Albatros.
Avant moi, c’était la CAMAIR
Avec moi, c’était la CAMAIR,
Après moi, c’était la CAMAIR
Ce n’est donc pas Fotso qui a été associé, mais la CAMAIR qu’il représentait!
Bâtonnier Monthé: Monsieur le Ministre d’état pour la clarté des
débats, le nom d’une société a été évoqué ici. Il s’agit de GIA
International. Pouvez-vous dire qui a recommandé cette société ?
Marafa: Avant de vous répondre, et pour que la réponse soit claire pour tout le monde, permettez-moi de replacer le contexte :
- Novembre 2000, sortie de piste du Boeing 747 Combi
- Janvier 2001, dépôt de bilan de AIR Afrique
Nous avons donc une opportunité de marché avec la disparition de Air
Afrique, et une entreprise qui existe (CAMAIR) mais qui n’a pas d’avion !
Il faut équiper l’entreprise. C’est ainsi qu’il est décidé de l’achat
de deux avions, ce qui sera fait. Ils ont été acquis dans des conditions
financières très contraignantes et difficiles pour la trésorerie de la
CAMAIR. C’est à ce moment que les dirigeants de CAMAIR sont intruiduits
chez GIA. Après la discussion entre GIA et CAMAIR, GIA a accepté de
financer sur dix ans, l’acquisition des avions pour la CAMAIR.
L’intérêt de GIA reposait sur le fait que GIA n’exigeait pas un acompte
en espèce, mais une lettre de garantie SBLC (Stand by letter of
credit).
Après cette discussion, le DG de la CAMAIR m’a rendu
compte de la bouffée d’oxygène et j’en étais heureux, parce qu’Ã
l’époque, le cauchemar du gouvernement c’était le pont sur le Wouri et
la CAMAIR !
Une parenthèse pour illustrer cet état de fait, je
me levais chaque matin et je demandais si le pont ne s’est pas effondré
! Et chaque matin je rendais compte au chef de l’état durant nos
audiences quotidiennes.
Voici donc comment GIA arrive ; dès ma
sortie de l’audience ce jour là , j’ai décidé d’avancer. Le surlendemain
le DG de CAMAIR m’a fait une proposition ; GIA faisait état de la
possibilité d’achat par Stand By letter of crédit. J’ai rendu compte au
président de la république, il était d’accord. J’ai alors organisé une
réunion avec l’état major particulier du président et d’autres
personnalités.
Après la présentation de l’appareil par
l’équipe de l’état Major, la parole a été donnée au directeur Général de
la CAMAIR ; Celui-ci nous a présenté un contrat entre GIA et Indian
Airlines un an auparavant pour l’acquisition de cinq avions Boeing 737,
toujours par la même procédure du stand by letter ; il y avait aussi les
deux projets de contrats obtenus par la CAMAIR. Il nous a présenté
également un échange de correspondance entre GIA et un expert financier
qui était chargé de revoir ce que proposait GIA International ; voilà ce
qui nous a été présenté sur GIA au cours de cette réunion. Cette
méthode du stand by letter présentait à notre pays l’avantage d’éviter
une prise initiale de risque excessive.
Après cette
présentation du DG de CAMAIR, tout le monde était satisfait, je propose
d’ailleurs la pièce à conviction i903, une déclaration de Michel Méva’a
Meboutou « Nous sommes tombés d’accord pour saisir cette opportunité ».
Nous avons donc décidé d’obtenir l’avion par GIA, même si à la vérité
le ministre des finances était méfiant par rapport à la SBLC.
Donc contrairement à ce que j’ai entendu dire dans le réquisitoire
intermédiaire, ce n’est pas moi qui choisit GIA, mais il s’impose à nous
tous, toute la collégialité, tel que vous le constatez.
Bâtonnier Monthé: Pendant cette réunion, a-t-il été fait allusion au caractère technique et financier de GIA ?
Marafa: Je vous ai rappelé tout ce qui nous a été présenté, les
contrats avec Indian Airlines, des précontrats avec CAMAIR, etc nous
avions des éléments crédibles !
Bâtonnier Monthé : Vous avez
évoqué le rôle de la CAMAIR. Dans le cadre de l’achat du BBJ-II.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la CAMAIR ?
Marafa: Je
vous l’ai expliqué tout à l’heure ! la CAMAIR n’avait été invitée Ã
cette réunion que pour son expertise technique. C’est d’ailleurs le
Ministre des finances qui a eu l’idée d’établir le contrat au nom de la
CAMAIR, et ensuite au nom de l’état du Cameroun.
Bâtonnier
Monthé: Pouvez-vous expliquer le payement d’une avance de deux millions
de dollars ? Dans quelles circonstances cela a-t-il été fait ?
Marafa: La CAMAIR n’avait pas d’argent. Dès le lendemain de notre
réunion, le MINEFI (Ministre de l’économie et des finances) a saisi la
CBC par courrier afin que cette banque avance les deux millions de
dollars. Cette somme devait être déposée dans les 72H afin que nous ne
perdions pas le contrat.
Bâtonnier Monthé: Pouvez-vous nous dire si c’est vous qui avez ordonné le virement des 31 millions de dollars ?
Marafa: Il n’était pas question de virer 31 millions de dollars à qui
que se soit, mais deux millions de dollars pour garantir la fabrication
de l’avion dans les usines de Boeing. D’ailleurs je ne pouvais jamais
imaginer que le MINEFI pouvait virer 29 millions de dollars…il a dit que
c’était en vertu des accords, je lui ai demandé lesquels, il était ici
devant vous tous, il a dit qu’il ne pouvait pas répondre ! j’ai dit
devant vous que ce n’était pas moi, ça n’a jamais été moi !
Bâtonnier Monthé: Concernant les coordonnés bancaires de GIA; est ce que c'est vous qui les avez transmis ?
Marafa: Je ne les avais pas ! Comment aurai-je pu les transmettre ? Ã
mon avis c’est le Directeur Général de la CAMAIR qui les a communiqués.
Si par extraordinaire je devais le faire, pourquoi pas à la réunion tout
de suite ? Je ne connaissais pas GIA, je n’avais aucun contact avec eux
!
Bâtonnier Monthé : Il a été extirpé au cours des débats un délai de 72h que savez-vous de ce délai de 72H ?
Marafa : Ce délai ne concernait que les deux millions de dollars pour
garantir l’avion auprès de Boeing. D’ailleurs, les 29 millions de
dollars ont été virés une dizaine de jours plus tard. Donc je n’ai donné
aucune instruction au MINEFI dans ce sens.
Bâtonnier Monthé: La somme est astronomique. Pouvez-vous nous dire s’il y avait une forme de contrôle ?
Marafa: Je ne suis au courant d’aucune forme de contrôle autre ! Je ne
savais pas que l’argent avait été viré, les instructions ont été données
à mon insu !
Bâtonnier Monthé: Comment avez-vous appris que
les fonds ont été virés par GIA par simple virement et non par Stand by
letter ?
Marafa : C’est deux semaines apres que j’appelle le
DG de la CAMAIR et qu’il m’apprend qu’en dehors des deux millions de
dollars, les 29 autres aussi ont été virés. Il me dit que c’était une
décision du Minefi.
Bâtonnier Monthé: Avez-vous reçu un compte
rendu de la gestion des 31 millions de dollars par le MINEFI ou le DG
de la CAMAIR ?
Marafa : Non seulement je n’ai pas reçu, mais Ã
quel titre il devait me rendre compte ? Je n’avais donné aucune
instruction, le Ministre des finances avait choisi de faire ainsi.
Bâtonnier Monthé : Savez-vous si malgré tout cela l’avion a quand même été fabriqué ?
Marafa : Il y avait un avion en cours de fabrication dans les chaines
de Boeing avant notre décision d’acquérir un avion. Dans les chaines de
montage de Boeing il portait le numéro Y-D-407. Il fallait payer pour
garantir l’achat. GIA était donc bel et bien connu par Boeing.
Bâtonnier Monthé: Pouvez-vous apporter la preuve de vos affirmations sur cette fabrication ?
Marafa : Je présente les pièces à conviction R-2138 et R2137 ; il
s’agit du protocole d’accord signé entre Boeing et GIA (il lit un
extrait du rapport du colonel Mitlassou qui décrit l’avion). Avec
l’habillage, le système anti missiles et autres options, l’avion
revenait à 72 millions de dollars. Il est alors convenu que l’habillage
intérieur sera fait par Jet aviation. Le président donne alors son
accord pour Jet Aviation, après le rapport du général Benaé Mpecke. Le
président me demande de recevoir le technicien de Jet Aviation ; je
refuse poliment pour ne pas choisir des couleurs qui ne plaisent pas au
président et à la première dame. C’est le chef de l’état qui les reçoit
finalement à Genève en compagnie de Fotso Yves Michel. Mais je n’étais
plus secrétaire général de la présidence de la république, j’avais été
remplacé un mois auparavant.
Bâtonnier Monthé: Monsieur le Ministre d’état, finalement combien y avait-il de BBJ-II ?
Marafa : Il y en avait deux, mais ça n’a pas d’importance. Le Y-D 407
était réservé par le Cameroun et devait être livré en 2002. Cet avion
n’a pu être livré à cause des attentats du 11 sept et tout ce qui a
suivi dans l’industrie aéronautique. Tout cela n’a pas permis à GIA de
finaliser le financement. Boeing propose donc de vendre et de fabriquer
un autre, Y-D408. Concernant le Cameroun, cette situation ne nous gênait
nullement.
Bâtonnier Monthé: Qui a donc provoqué la vente de ce premier avion ?
Marafa : Je vous ai dit qu’avec les évènements du 11 sept 2011, les
banques sont devenues réticentes pour les financements des avions.
(Marafa propose un extrait du livre mémoire « Décision Points » de
Georges Bush, ancien président des USA, qui met en exergue
l’environnement aéronautique et financier du moment. Il demande que
l’extrait soit accepté comme pièce à conviction ! un avocat de l’état
objecte, exigeant qu’on aille chercher Georges Bush pour confirmer
l’originalité de l’extrait -Murmures de désapprobation dans la salle- Le
juge rejette l’objection et accepte la pièce à conviction.)
Marafa poursuit: avec un habillage optionnel de 15 Ã 20 millions de
dollars, il nous aurait été difficile de revendre l’avion, sinon on
perdait. L’acronyme GIA (de GIA international) avait également joué
contre nous, car il faisait penser à un groupe islamique armé (GIA) qui
sévissait en Algérie, ce qui a poussé les américains dans le cadre de la
lutte anti terroriste, Ã fermer les comptes de GIA international. Le
jour des attentats du 11 septembre, le crédit lyonnais est saisi par les
autorités américaines. Le 12, le crédit Lyonnais saisissait la SNH pour
dire que les banques veulent se couvrir et exigea des pièces
justificatives, alors que deux jours auparavant, avant le 11 septembre,
ces justificatifs ne s’imposaient pas ! C’est n’était donc pas GIA qui
était mis en cause, mais son acronyme correspondant à GROUPE ISLAMIQUE
ARMÉ.
Bâtonnier Monthé: Quelle sont les raisons de votre attachement particulier à ce dossier ?
Marafa : Je voulais que tout se passe bien jusqu’au bout, pour notre
pays et pour le président ! quand je quitte la présidence, j’attire
l’attention de mon successeur sur ce dossier particulier ; j’ai remis le
dossier à mains propres à Monsieur Atangana Mebara Jean Marie, et je
lui ai recommandé de faire attention, ce dossier me semblait très
important pour la vie de notre pays, la sécurité du chef de l’état et
celui du pays.
Bâtonnier Monthé: Avez-vous informé le président de cette démarche ?
Marafa: J’ai toujours informé le président de tout ce que je faisais.
Bâtonnier Monthé: A quel moment avez-vous cessé de suivre le processus d’acquisition de l’avion présidentiel ?
Marafa : Lorsque je quitte la présidence pour le MINATD (Ministère de
l’administration territoriale et de la décentralisation) le BBJ-II est
presqu’en fin de fabrication ; en septembre, le président reçoit en
Suisse Jet Aviation…Mais sans que je sache pourquoi, mon successeur n’a
pas voulu continuer (Il donne lecture de la pièce à conviction i-32 où
Mebara dit « Je n’ai en aucune façon continué avec le processus
enclenché par mon prédécesseur…il a été décidé que le gouvernement
traite directement avec Boeing» . Quand la décision est ainsi prise, mon
successeur prend contact directement avec Boeing, et rend caduque le
contrat signé avec GIA International. (Marafa convoque une pièce Ã
conviction, qui est une déclaration de Mebara libellée ainsi que suit
«Le chef de l’état a accepté les propositions que je lui ai adressées
dans ce sens»)
Marafa poursuit : On est en octobre, et Boeing
souligne qu’il y a un contrat avec GIA qu'il est alors susceptible de le
poursuivre. Boeing propose au Cameroun de rompre avec GIA. C’est ainsi
que GIA signe un accord abandonnant ses droits au Cameroun (Pièce Ã
conviction F-16) et donc le Cameroun fait de son affaire la récupération
des sommes reversées à GIA. Pourtant entre temps, une équipe de la
CAMAIR était allée faire la réception technique de l’avion. La
délégation était conduite par Monsieur Tuidjeu. Le contrat entre CAMAIR
et Boeing est donc signé avec le MINEFI, et l’avion immatriculé TJ-AAC
par l’autorité aéronautique (pièce authentifiée par les autorités
américaines, que le juge accepte comme pièce à conviction) assuré par
Chanas assurances à 45 millions FCFA.
J’entend dire qu’il n’y a
pas d’avion, il n’y a pas d’argent, c’est faux ! vous pouvez le
constater, pour une raison qui m’échappe le Cameroun n’a jamais pris
possession de cet avion. Le 1er Avril ; l’ambassadeur du Cameroun aux
USA Gérôme Mendouga entre en jeu et se rend chez Boeing pour dit-on
sauver une situation.(Il lit un extrait de la déposition de Mebara). On
demande plutôt à Mendouga de prendre un avion en location, l’Albatros.
Comme vous le constatez, parti d’un projet d’achat d’un avion BBJ-II
neuf, on aboutit à celui du leasing d’un avion, l’Albatros ! Pourtant le
BBJ-II a été fabriqué, immatriculé par l’autorité aéronautique, assuré,
et réceptionné techniquement.
Bâtonnier Monthé : Votre successeur vous a-t-il rendu compte de cet état de fait ?
Marafa: Il n’avait pas à me rendre compte ! Car il n’y avait aucun lien
hiérarchique ! Mais il n’a sollicité aucun conseil non plus !
Bâtonnier Monthé : Monsieur le Ministre d’état, vous êtes-vous intéressé par la suite au sort des sommes reversées à GIA ?
Marafa: Le chef de l’état était informé, et c’est à ce moment que mon
successeur (Atangana Mebara) décide de confier l’opération de
récupération des sommes à APM, (Otélé Essomba est alors DGA de ce
cabinet). Il faut récupérer 29 millions de dollars chez GIA. Cette
opération n’a à ma connaissance jamais prospéré. À la suite, maître
Akéré Muna va être chargé de récupérer l’argent, et le tribunal de
faillite de l’état de l’Oregon décide alors de l’indemnisation du
Cameroun à hauteur de 29 millions de dollars.
Bâtonnier
Monthé: Quelle fut votre réaction quand vous aviez appris que le MINEFI
avait viré l’argent directement au lieu de la SBLC (stand bye letter of
credit) ?
Marafa : J’étais désespéré ! s’il n’ y avait pas eu
le SBLC, la réunion avec l’état major particulier du président pour
cette acquisition n’aurait pas eu lieu. J’étais surpris, désespéré,
abattu car c’est la SBLC qui avait fait sortir le dossier du tiroir ! Je
ne pouvais pas me plaindre auprès du chef de l’état, je suis dans le
système, et je sais comment ça fonctionne ! si le MINEFI l’a fait, il a
ses raisons, mais je n’en sais rien, je n’ai donné aucune instruction
dans ce sens ! il est passé ici devant vous pour témoigner, vous l’avez
tous entendu dire qu’il ne répondrait pas à la question de l’origine de
son instruction, et je lui ai dit que ce n’était pas moi en tout cas !
vous me voyez entrain de demander des explications au chef de l’état qui
est mon patron ?
Bâtonnier Monthé: Avez-vous connaissance de la destination prise par les 31 millions de dollars revenus au Cameroun ?
Marafa : Un jugement de faillite a été rendu, et compte tenu de la
dimension internationale de GIA, Interpol, le FBI, Syndic de faillite
sont intevenus dans cette procédure. Tous les comptes de GIA ont été
passés au peigne fin, de sa création jusqu’à sa liquidation. La
destination de chaque dollar a été identifiée. Je ne suis destinataire
d’aucun dollar. Ni le FBI, ni le syndic de Faillite n’ont dit le
contraire.
Bâtonnier Monthé : Avez-vous un intérêt particulier
dans les sociétés des personnes suivantes ; Rotewel Management, Beth
LTD, GIA, Avipro Finance, TLL, TMG,Avipro Finance USA, Aircraft, CBC,
Otomac, Orix, PCM,
Marafa : j’ai noté 13 sociétés. J’ai
découvert les noms de certaines sociétés ici dans la procédure, en
dehors de CBC et GIA. Je n’ai aucun intérêt à la CBC, je n’ai jamais
rencontré les dirigeants de GIA.
Bâtonnier Monthé : Avez-vous reçu quelque somme d’argent que ce soit de ces sociétés ?
Marafa : Ma réponse est un NON catégorique.
Bâtonnier Monthé : Quelle est la nature de vos relations avec Fotso Yves Michel ?
Marafa: C’est un ami que j’ai connu en 1993. J’étais secrétaire d’état
aux finances et j’ai un dossier de vente de véhicule sur la table. Le
père Fotso avait acheté un véhicule et les finances lui demandaient de
payer la douane. c’est ma secrétaire qui m’a informé alors que j’étais
secrétaire d’Etat aux finances que quelqu’un avait commandé une voiture
pour un préfet, et qu’il refusait de payer les droits de douane, il
s’agissait du milliardaire Victor Fotso que je ne connaissais que de nom
à l’époque, étant donné que ce véhicule était affecté au préfet du
Koung-Khi j’ai ordonné qu’il le lui soit remis, c’est ainsi qu’un jour
Victor Fotso est passé à mon cabinet pour me féliciter, m’a dit en
passant qu’il aimerait que je fasse la connaissance de son fils Yves
Michel, quelques jours plus tard celui-ci est passé et nous ne nous
sommes plus perdus de vue. Fotso Victor a écris un livre, et son fils
m’a offert une version de luxe. Voilà , C’est un ami, et si vous
permettez, le délit d’amitié n’existe pas dans le code pénal.
Bâtonnier Monthé: Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous avez fait nommer Fotso Yves Michel à la CAMAIR ?
Marafa : Ce que vous devez savoir c’est que le secrétaire général de la
présidence est d’abord un secrétaire. On ajoute général pour qu’il
croit qu’il est quelqu’un ! c’était une nomination faite par un conseil
d’administration, je n’en avais pas le pouvoir !
Bâtonnier
Monthé : En qualité de quoi Fotso Yves Michel Directeur général de la
CAMAIR vous adresse une correspondance en date du 8 septembre 2008 alors
que vous n’êtes plus SGPR ?
Marafa: J’occupais les fonctions
de MINATD, c’est un Ministère transversal par excellence ! dans cette
perspective, je suis aussi saisi par d’autres directeurs généraux,
d’autres services, pour des questions ayant trait à la sécurité. Je
saisi donc le président pour des faits n’ayant nullement trait en
apparence avec mes fonctions. Même après mon départ de la présidence de
la république, je continuais à alerter le président, et ce n’est pas la
seule lettre que Fotso Yves Michel m’a adressée quand j’étais MINATD.
Boeing ne voulait plus traiter avec le Cameroun tant que la situation
n’était pas claire : « Que voulez-vous à la fin, nous demandait Boeing ;
un BBJ-II neuf, une location d’avion, un remboursement…quoi finalement ?
tant que la situation n’est pas claire, je ne traite plus avec le
Cameroun. » C’est cette situation que j’ai porté à l’attention du
président de la république. Si vous voulez je peux vous dire le contenu
de nos échanges !
Le juge Gilbert Shlick: Non Non ça ira comme ça !
Bâtonnier Monthé : Il a été relevé que des sommes litigieuses vous ont été reversées ; que répondez-vous à cela ?
Marafa: Voici le relevé de mon compte Bancaire à la CBC (Commercial
Bank Of Cameroun) du 1er janvier 2001 Ã Aout 2012 que je verse au
dossier (pièce acceptée). Le numéro est le 37230038801 ouvert au nom de
Marafa Hamidou Yaya. J’ai versé cette pièce au dossier afin que vous
puissiez constater vous-même. Dans une ordonnance le juge d’instruction
laissait supposer que j’aurai été bénéficiaire d’un virement suspect. Je
suis heureux de constater que l’allégation a été retirée de
l’ordonnance de renvoi qui me renvoit à ce tribunal.
Bâtonnier
Monthé: Il a été allégué ici lors d’une audience, le 26 juillet
dernier, que vous avez instruit l’ADG de la SNH par écrit de procéder Ã
des virements de sommes !
(Le procureur fait une objection et Marafa ne répondra pas à la question)
Bâtonnier Monthé : In fine pensez-vous avoir bien géré le dossier d’acquisition du BBJ-II ?
Marafa : J’ai été chargé de coordonner cette activité à travers un mode
de financement précis et collégial, le SBLC qui était un mode de
financement innovant sécurisé qui n’a pas été respecté. Malgré cela,
l’avion a été Fabriqué, Immatriculé, assuré, réceptionné techniquement,
mais j’ignore pourquoi il n’a pas été livré au final. L’expert Okalla,
l’ambassadeur Mendouga, ont clarifié la situation, d’autres témoins
cités par l’accusation ne se sont pas présentés, c’est dommage ! Nous
avions deux aléas majeurs à surmonter :
- L’acronyme GIA qui renvoyait aussi un groupe terroriste,
- Et les évènements du 11 septembre 2001. Nous avons toutefois surmonté ces aléas.
Fin de l’examination-in-chief à 18H45, avant le contre interrogatoire
du collège des procureurs, des avocats de l’état, de la CAMAIR
également. Un contre interrogatoire qui a tourné en rond, obligeant le
Ministre d’état à répéter la même chose des centaines de fois
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